"Sans l’aide que j’ai reçue, à l’heure qu’il est, je serais toujours dans ma caravane insalubre…"

A 45 ans, Ivan Royer a perdu son travail de chauffeur-livreur, puis, ne pouvant pas assumer son loyer, il a perdu son logement. Il a vécu 4 ans dans une caravane, sans eau et sans électricité, sur le terrain d’un ami, dans un village de la région sétoise. "Le pire, c’était l’hiver… Tout est très cher dans la région et si tu n’as pas un bon salaire, tu ne trouves pas de quoi te loger."

En 2019, il est hospitalisé à la suite d’un accident pulmonaire. C’est là qu’il est accompagné par une assistante sociale de l’association Service d’Urgence Sétoise qui lui propose un 2 pièces dans l’immeuble du 19 rue Pierre Sémard. Il raconte : "Je suis arrivé en février 2020 dans cet appartement. Le quartier a une mauvaise réputation à la base. Ça s’est bien nettoyé. Le quartier est calme. L’appartement est bien. C’est bien équipé : four, frigo, cuisine inox, tout est propre. J’espère rester dans ce logement le plus longtemps possible, j’ai signé un bail de 6 ans."

Dans ce logement, le loyer est plafonné à 5,21 € du mètre carré, soit environ 220 € pour un deux pièces de 40m2 dans le centre-ville de Sète. En contrepartie d’un financement de 50% du montant des travaux par l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat, les gestionnaires de l’immeuble Adages et l’agence immobilière sociale AIVS 34 s’engagent à accueillir des personnes dont les ressources sont très faibles. Ce loyer bas est déterminant pour qu’Ivan, qui ne touche que l’allocation adulte handicapé en attendant de retrouver du travail, puisse se loger confortablement et décemment.

"Des personnes en grande difficulté, sans toit, il y en a plein. Il faut donner sa chance à ceux qui galèrent. Moi, on m’a donné une chance avec ce logement. Sans garant et sans caution, c’était impossible d’y arriver tout seul. Aujourd’hui, j’ai un toit sur la tête et une vraie adresse. Pour trouver un emploi, c’est vraiment important."

La cuisine bien équipée d'Ivan Royer. 

"Tous ceux qui commencent dans la vie, qui n’arrivent pas à rentrer dans le parc social, ils ne peuvent plus se loger. "

Yacine Meghzili est chef de projet sur la rénovation urbaine du centre-ville. Il travaille à la mairie de Sète. Cet immeuble du 19 rue Pierre Sémard, qui a été acheté par Solifap et réhabilité ensuite par l’association héraultaise Adages, fait partie d’un vaste chantier mené par la ville de Sète depuis 2002. "Dès 2002, la rue Pierre Sémard a été identifiée comme un enjeu principal. Au début du 20ème, c’était un quartier de prostitution, les marins du port de Sète venaient là. Puis ils sont partis et les activités nocturnes ont périclité avec le départ des marins. Les immeubles ont été récupérés par des marchands de sommeil. Ils étaient très dégradés, en état d’insalubrité, certains carrément en péril. On a traité les immeubles du numéro 29 et du numéro 30, le 20, le 18, le 16, le 14, le 17, le 15, le 10. Dans tout ce linéaire, il y a eu l’opportunité de faire le 19."

Au démarrage du projet, en 2015, le taux de pauvreté à Sète est supérieur de 12 points au taux de pauvreté moyen en France et la ville ne compte que 13% de logements sociaux. Le travail de « repérage » des besoins mené par l’agence régionale de la Fondation Abbé Pierre identifie la nécessité de répondre au besoin sétois en matière de logement social et facilite la mise en relation des différents acteurs (agglomération, ville, AIVS). L’intervention de Solifap a permis l’achat du bien pour 280 000 € auprès d’un propriétaire privé qui n’avait pas les moyens de faire les travaux de rénovation. Solifap a ensuite mis à disposition de l’association ADAGES via un bail à réhabilitation d’une durée de 30 ans. 460 000 € de travaux ont été réalisés grâce au soutien de l’Etat, de Sète Agglopôle Méditerranée et de la Fondation Abbé Pierre. Ils ont permis une diminution très importante de 87% de la consommation énergétique. Une réduction qui se voit déjà sur la facture d’énergie des locataires. C’était important car ce sont souvent les charges liées au logement qui mettent les locataires précaires dans le rouge.

Cet immeuble de 6 nouveaux logements sociaux a également contribué à redonner vie à cette rue Pierre Sémard et à renforcer la mixité sociale dans le quartier comme le précise Yacine Meghzili "Ce qu’on essaye de faire maintenant que ça marche bien, c’est de mixer les produits : des tailles différentes t1, t2, t3, t4. On mixe aussi logement social, conventionnel, l’hébergement, l’accession libre. On a vraiment remonté la pente. La rue est aujourd’hui attractive pour tous les types de publics."

L'immeuble tel qu'il est aujourd'hui, après rénovation.  

"On aimerait en faire d’autres"

Logement très social à destination des personnes ayant des faibles ressources, rénovation énergétique très significative, revitalisation du centre ancien et contribution à la mixité sociale, cet immeuble cumule les vertus et inspire.

"Pour nous, Solifap fait que l’opération est faisable. Ce n’est pas dans nos habitudes de faire ce type de projets. Mais du coup, on aimerait en faire d’autres." indique Guilhem Mazoyer, d’Adages-Maison du Logement qui a piloté le montage de l’opération. Même sentiment du côté de Yacine Meghzili "Nous, on est preneurs d’opérations comme celle-ci : on est à 20,1% de logements sociaux cette année contre 20,3 l’an dernier parce qu’il y a beaucoup de logements qui se construisent en périphérie. Dans le centre ancien, on va essayer de faire 100% de logement social."

Une ambition d’autant plus importante que l’activité de production de logements très sociaux sur le département de l’Hérault est quasi nulle, ainsi que plus largement sur l’ex-région Languedoc-Roussillon, le nombre d’opérateurs agréés étant très faible. "C’est la seule opération PLAI [très sociale] que j’ai vu depuis longtemps" précise Yacine Meghzili. "Il y a eu un gros travail avec l’agglomération. Ils venaient de prendre la compétence logement et il a fallu leur expliquer comment fonctionne la Maîtrise d’Ouvrage d’Insertion. Ils étaient très à l’écoute, ils cherchaient à comprendre. On leur a expliqué que leur subvention, c’était un moyen de pérenniser la vocation sociale d’un bien pendant 30 ans. Ça les a convaincus et l’agglomération a versé une subvention pour les travaux de réhabilitation." précise Guilhem Mazoyer.

Ivan Royer (à gauche), nouveau locataire du 19 et Guilhem Mazoyer (à droite) de la Maison du Logement-ADAGES

« Il faut donner sa chance à ceux qui galèrent. »

A la faveur de la visite de l’immeuble par Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au logement, le 10 septembre 2020, Ivan Royer, le locataire du 19 rue Pierre Sémard donne son sentiment : "Aujourd’hui, moi, j’ai un logement avec un loyer abordable. Mais tous ceux qui sont à la rue n’ont pas cette chance… Il faut donner sa chance à ceux qui galèrent. Sans garant et sans caution, c’était impossible d’y arriver tout seul. Aujourd’hui, j’ai un toit sur la tête et une vraie adresse. Pour trouver un emploi, c’est vraiment important."

C’est le principe du Logement d’abord défendu par la Fondation Abbé Pierre : pour reconstruire sa vie, trouver un travail, accueillir une famille, il faut d’abord avoir un logement digne, durable et adapté. Plus de 500 logements sont financés chaque année grâce au dispositif Toit d’Abord de la Fondation Abbé Pierre mais l’enjeu est énorme. Christophe Robert, délégué général de la Fondation interpelle la ministre : "il faut changer d’échelle. Il y a encore en France 4 millions de mal-logés et 300 000 sans domicile fixe. Il faut mettre les bouchées doubles, augmenter les APL et les aides, faire des efforts substantiels dans des logements plus écolos et plus économes. Du logement dépendent la santé, l’emploi, l’éducation, le vivre ensemble…"

"Message reçu" répond la Ministre. Tout le monde semble donc prêt à s’engager à de nouveaux projets sur ce modèle. Chez Solifap aussi, l’équipe se tient prête à accompagner la construction des solutions locales.

Les propos de Christophe Robert et Emmanuelle Wargon ont été recueillis par les journalistes du Midi Libre. Les propos de Ivan Royer ont été recueillis par Delphine Picard.


En savoir plus sur le projet

Solifap a acheté, en 2016, un immeuble qui comptait 6 logements et 1 commerce pour une surface de 314m2.

Acheté 280 000 euros, près de 436 000 euros de travaux ont été réalisés par ADAGES dans le cadre d’un bail à réhabilitation de 30 ans. La Fondation Abbé Pierre, Sète Agglopôle Méditerranée et l’Etat, via l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat ont participé au financement des travaux.

L’immeuble est géré par l’AIVS Hérault : une agence immobilière à vocation sociale qui, en plus de gérer des biens pour le compte des propriétaires, propose un accompagnement social aux habitants.

En savoir plus sur l'association ADAGES et l'AIVS Hérault

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